Digital Story Telling

"Histoire d'oeufs" en coulisses

On suit le parcours de deux œufs, l'un dit "commun", l'autre "gourmet" en trois étapes clés, de la poule à l'assiette. David Castello-Lopes nous raconte comment lui est venu cette idée et la réalisation de ce petit programme pour lemonde.fr.




Histoire d'Oeufs...
A la fin du mois d’août dernier, dans la maison londonienne où je passais mes vacances, j’ai fredonné sous la douche le thème d’Amicalement Vôtre. Comme beaucoup de gens, j’ai retenu le générique et oublié la série. En quelques plans, une douzaine pas plus, on voit défiler sur deux écrans séparés les vies des deux héros (joués respectivement par Tony Curtis et Roger Moore), l’un self-made man né dans les bas-fonds de New-York, l’autre aristocrate anglais né dans la soie.
Je ne saurais pas vraiment dire comment ni pourquoi le souvenir d’Amicalement Votre est venu se télescoper avec celui des œufs à la coque que je venais de manger, mais sous le pommeau de cette douche, le visage ruisselant d’eau trop chaude, j’ai senti comme un petit eurêka : l’histoire de deux œufs, l’un modeste, l’autre aristocrate, depuis la poule qui les a pondus jusqu’à leur destination finale.
La serviette-éponge encore sur les hanches, j’ai rajouté cette idée aux propositions de sujets multimédia que j’avais promis à Boris Razon, rédacteur en chef du monde.fr.
Boris a accepté le principe et quelques jours plus tard j’ai commencé à passer des coups de fil aux grands producteurs d’œufs.
La plupart ont refusé pour des raisons de communication : les grandes batteries subissent depuis plusieurs années les attaques des associations de défense des animaux. Et même lorsque Monsieur Christophe Blondé, agriculteur et maire de la petite commune de Mesnil Saint Georges dans la Somme a accepté de me recevoir, il m’a fait part de peurs semblables.
Ma position sur cette question est claire. Je l’ai dit à M. Blondé et je le répète ici : si je condamne les cruautés inutiles et choquantes qu’on peut voir dans certains élevages américains, je ne peux pas en revanche être contre les élevages en batterie. Les baisses drastiques dans les coûts de production font baisser d’autant le coût de l’œuf pour le consommateur final, permettant à des familles à faible revenu d’acheter des protéines à prix réduit. (Ma position sur le froid gras est, on l’imagine, un petit peu différente).
Monsieur Blondé, de ce point de vue, était particulièrement sérieux puisque sa production, depuis les céréales cultivées dans ses propres champs jusqu’à l’étiquetage final, était tracée par un organisme tiers.
Monsieur Blondé et sa famille ont été avec moi, lors des deux journées que j’ai passées avec eux, d’une grande gentillesse, acceptant toutes les contraintes d’un tournage d’autant plus pénible que j’étais seul à l’assurer.

Pour le côté aristocrate, j’ai décidé, après réflexion, de contacter de grands restaurants parisiens. Le Crillon a dit non, Alain Passard a dit oui, d’autant plus qu’il possédait son propre élevage de poules.
Je me suis donc rendu en train puis en taxi jusqu’à cette ferme de l’Eure où Renaud, le jeune jardinier du domaine m’a fait découvrir les trois poules d’élite de Monsieur Passard qui fournissent une petite partie des œufs destinés à l’une des spécialités de l’Arpège : le chaud-froid d’œuf au sirop d’érable et vinaigre de Xérès.
Le lendemain, après les quelques heures de tournage dans les cuisines de l’Arpège, beaucoup plus petites que je les imaginais, Alain Passard m’a proposé de déjeuner. Pendant quatre heures de 12h30 à 16h,30 je n’ai pas cessé de manger, d’abord des plats à base d’œuf puis, simplement, un florilège de ce que M. Passard proposait ce jour là sur sa carte. Je n’ai pas pu intégrer les images de ce repas au montage final (il était impossible de les caser dans la ligne narrative sans bouleverser la totalité du projet), mais j’ai fait cette après-midi là le meilleur repas de ma vie.

L’ensemble du projet a pris trois semaines pleines. Une semaine pour créer et ajuster le graphisme puis programmer l’animation Flash, quatre jours pour la documentation et les prises de rendez-vous, trois jours pour le tournage (à Paris, dans l’Eure et dans la Somme) et une semaine pour le montage, le mixage et l’exportation.
Le résultat est, je pense, assez fidèle à l’idée farfelue qui m’est venue sous la douche : une sorte d’"Amicalement vôtre avicole léger et informatif."

David Castello-Lopes

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