Digital Story Telling

SeeqPod, le moteur de recherche de vidéo qui monte, selon Le Monde

La vidéo prend le pas sur l'écrit sur Internet. Un papier intéressant publié par le Monde sur la guerre à venir des moteurs de recherche de vidéos...


Du « Nuage » pleuvront des images, Le Monde, 8 juin 2008

" [...] Historiquement, la vidéo a eu du mal à s'implanter sur la Toile : ses fichiers étaient trop lourds pour les connexions à bas débit des particuliers. Or la généralisation du haut débit est en train de résoudre le problème. L'essentiel du trafic est déjà composé de fichiers audio-vidéo, notamment à cause des jeux en ligne et des réseaux de partage de musique et de films. Sans parler des innombrables sites érotiques payants, qui ont de quoi investir dans l'innovation en matière d'images.

Si cette tendance se confirme, la primauté de l'écrit sur Internet n'aura donc été que la conséquence de l'insuffisance passagère du débit. Déjà, les sites de vidéos amateurs de type YouTube s'imposent parmi les lieux les plus fréquentés du Net. Les réseaux sociaux comme Facebook et MySpace sont envahis par les images, les chaînes de télévision américaines ont commencé à diffuser leurs séries de fiction sur Internet, les systèmes de téléphonie y proposent des services de vidéophonie et de téléconférence. Les grands sites d'information se mettent à produire leurs propres images. Même chose pour les encyclopédies, ainsi que les sites publiant des modes d'emploi et des conseils pratiques : on n'explique plus comment tailler un rosier ou démonter un carburateur, on le montre.

Ce n'est qu'un début, car l'« ultra-haut débit » arrive. Le consortium américain Internet 2, qui regroupe des agences fédérales, des laboratoires, des entreprises et des universités, achève la mise au point d'un nouveau mode de transmission, baptisé DCN (Dynamic Circuit Network). Un PC ordinaire, capable aujourd'hui de recevoir deux canaux vidéo en simultané, pourrait en recevoir plus de 4 000 s'il était connecté par DCN. Au lieu de prendre trois heures, le téléchargement d'un film long métrage prendra cinq secondes. Dans un premier temps, le procédé sera réservé aux centres de recherche et aux universités, mais le grand public devrait en bénéficier assez rapidement. D'autres laboratoires envisagent de supprimer les goulets d'étranglement qui ralentissent le trafic en créant, parallèlement au réseau existant, une architecture horizontale et décentralisée inspirée des réseaux de partage de musique.

Pour désigner ce nouvel Internet éclaté et rempli d'images, les Californiens ont déjà inventé un concept : ils l'appellent the Cloud (« le Nuage »). Pour revoir le même clip vidéo dix fois par jour, il ne sera plus nécessaire de le télécharger et de le stocker dans un appareil. Il suffira de se connecter à un moteur de recherche, qui se chargera de le repérer. En fait, le clip ne se trouve dans aucun lieu en particulier, il est dans le Nuage : de nombreux serveurs en contiennent une copie, stable ou temporaire, et le moteur ira le chercher à chaque fois dans un endroit différent, sans que l'internaute s'en aperçoive.



Les concepteurs des grands moteurs de recherche ayant compris que la vidéo allait prendre une place prépondérante, ils ont commencé à s'adapter. Grâce à une recherche par mots-clés, Google et Yahoo! permettent déjà de retrouver une séquence vidéo. Mais, dans ce secteur d'avenir, ils se retrouvent face à des concurrents plus spécialisés et innovants. Ainsi, SeeqPod.com (1), start-up de la banlieue de San Francisco, propose un moteur fonctionnant grâce à des algorithmes « bio-mimétiques », qui reproduisent le processus de recherche du cerveau humain par associations d'idées, bien plus puissants que la recherche par mot-clé.

Son concepteur et patron, Shekhar Lahda, résume son invention en une formule : « Si je tape le mot «ciel», SeeqPod va lui associer le mot «bleu». Ce principe est applicable à n'importe quel domaine. Pour le faire connaître très vite dans le monde entier, nous avons choisi la musique et les vidéos musicales. » Après avoir retrouvé la séquence, SeeqPod la diffuse grâce à un lecteur vidéo qui s'affiche sur la page Web de l'utilisateur. Prochaine étape : la start-up va s'attaquer à tous les types de vidéos, notamment les reportages. En attendant, sa base de données contient déjà plus de 12 millions de liens vers des fichiers audio-vidéo, et en repère en moyenne un nouveau par seconde.

(1) SEEQPOD -
Le prototype à l'origine de SeeqPod a été conçu par une équipe du Lawrence Berkeley National Laboratory, laboratoire public installé à Emeryville (Californie), qui avait besoin d'un outil surpuissant pour gérer les milliards de combinaisons composant le code génétique des organismes vivants. Seeqpod est soutenu par une quarantaine d'investisseurs et emploie 32 personnes.

Yves Eudes, Le Monde, 8 juin 2008

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